Samedi dernier, dans votre parc des Trembles préféré, a eu lieu la plus belle fête de l’amour des patinoires qui soit. Le soleil brillait de tous ses feux, le temps était doux, il y avait des gâteries, les patinoires étaient belles, bref, tous se sont bien amusés. On a déjà hâte à l’an prochain!
Votre humble serviteur a profité de l’occasion pour poursuivre les recherches sur l’espèce d’insecte exclusive au Manoir des Trembles : les abeilles de glace. En effet, au moins trois individus étaient sur place lors de l’évènement; c’était donc le parfait moment pour faire avancer la science. Nous avons donc sorti notre plus belle langue des abeilles pour nous entretenir avec eux. Bizz, bizz, bizz!
Des abeilles de glace avec un esprit civique! « Bizz, bizz bizz en ta! »
-Comme dirait l’autre
D’abord, l’abeille Dan a expliqué la genèse de l’implication de la ruche. Le tout a commencé lorsqu’un énième confinement a été imposé juste avant une période des fêtes pour cause de pandémie. C’était il y a quatre ans. Prenant pitié pour les jeunes du quartier qui ne pouvaient se réunir à l’intérieur, il a mis sur pied un essaim qui prendrait la responsabilité de l’entretien des patinoires; à l’époque, un entrepreneur de la Ville avait le contrat de s’en occuper, mais ça n’allait pas fort, fort, dit-on.
Dan a donc réuni un essaim d’abeilles vigoureuses, et le résultat, eh bien, vous l’avez devant vos yeux lorsque vous allez au parc des Trembles.
Parmi les ouvrières recrutées par Dan, il y a l’abeille Mat, un autre qui voulait faire bouger ses jeunes. Mat a aujourd’hui pris du galon : c’est maintenant lui qui coordonne le travail de toutes les abeilles ouvrières : déneigement, arrosage, achat de l’équipement, et tant de choses nécessaires à la confection de belles glaces et qui nous échappent à nous, simples bipèdes.
Le troisième spécimen étudié samedi, c’est Sandy, qui est toujours accompagné de son fidèle golden retriever, le meilleur ami de l’abeille. Sandy est ce qu’on pourrait appeler l’abeille studieuse du groupe, car il a suivi une formation sur l’entretien de patinoires au collège Algonquin. Eh oui, une telle formation, apparemment, ça existe! Non seulement ça existe, mais Sandy dit que la formation à Algonquin, c’est seulement LA BASE de cette discipline!!! C’est qu’il faut savoir que faire des patinoires, c’est beaucoup plus compliqué que de sortir le boyau et d’arroser.
Les complexités sont innombrables : entre autres, on doit gérer le soleil : pour ne pas attirer ses rayons, qui feraient fondre la glace, peindre les bandes en blanc est une astuce. Pour la même raison, on peut aussi recouvrir l’asphalte de bâches blanches avant de commencer à arroser en décembre. Par ailleurs, les aléas du temps influent beaucoup sur l’état des glaces : gérer dame nature, c’est pas facile, même pour des abeilles. Il répond quoi, Sandy, quand on lui demande son appréciation des patinoires de cette année? : « Bizz, bizz, bizz! », ou si vous préférez « Sept sur dix! ».
Dan, Mat, Sandy et le reste de l’essaim ne ménagent pas leurs efforts. Sept soirs sur sept, ils communiquent entre eux pour établir la stratégie à suivre pour remettre en bon état les patinoires en vue du lendemain. D’ailleurs, on peut les observer de près – les abeilles de glace ne sont pas peureuses – presque tous les soirs.

Qu’est-ce qui pousse nos petites abeilles d’hiver à sortir de leur hibernation pour faire des patinoires? Comment trouvent-elles le courage de sortir dans le froid à moins 20 degrés un soir d’hiver?
L’un des individus interrogés répond ceci : « Bizz, bizz, bizz », ce qu’on traduirait par : « Moi, ma satisfaction, c’est de voir les dizaines de jeunes qui viennent utiliser nos patinoires tous les jours après l’école. »
Des abeilles de glace avec un esprit civique! Comme dirait l’autre, « Bizz, bizz bizz en ta! », ou si vous préférez, « On chanceux de les avoir en ta! »



